Le collaborateur « difficile » n’existe pas, le manager qui manque d’outils oui

Recadrer un collaborateur abîme-t-il vraiment la relation ? Le regard de Mélanie Prudhon sur la gestion des conflits en hôtellerie.

Par Mélanie Prudhon, fondatrice d'ONIBEE

Réenchanter le management pour élever l'excellence.

Dans l’hôtellerie-restauration en France et à l’international depuis 2004, j’accompagne aujourd’hui les hôtels et restaurants de luxe dans la transformation de leurs pratiques managériales et relationnelles.

« En tant qu’alliée discrète des dirigeants d’hôtels et de restaurants d’exception, je transforme leurs équipes de l’intérieur en leur redonnant les rênes pour qu’elles arrêtent de subir. »

« Avec lui, c'est peine perdue »

Il y a des phrases qui reviennent systématiquement lorsque j’interviens dans un établissement : « On a un collaborateur, vingt ans de maison. Avec lui, c’est peine perdue, il est démotivé et on ne pourra rien changer. »

Je souris toujours en l’entendant, parce que je sais que la conversation qui va suivre ne parlera finalement pas beaucoup de ce collaborateur. Elle parlera du manager.

On demande aujourd’hui énormément aux managers : être d’excellents opérationnels, gérer les imprévus, recruter, organiser, satisfaire les clients, développer le chiffre d’affaires et, au milieu de tout cela, trouver les mots justes pour recadrer un collaborateur qui prend de plus en plus de place. Or, personne ne leur a vraiment appris à faire cela.

Alors ils évitent le sujet, demandent aux RH d’intervenir, ou adaptent toute l’organisation autour de cette personne.

Ce qui se joue vraiment quand le cadre n'est pas tenu

C’est humain.

Mais c’est aussi à cet endroit précis que le reste de l’équipe commence à regarder.

Les autres constatent que certains comportements ne sont jamais repris, que certaines règles deviennent négociables pour certaines personnes, que le cadre est finalement moins solide qu’il n’y paraît.

Et c’est exactement là que la confiance collective s’effrite.

« Si tu ne reprends pas tes équipes sur les fondamentaux, tu perdras les meilleurs éléments. Les collaborateurs exigeants envers eux-mêmes ne tolèrent jamais longtemps un cadre à géométrie variable. »

Recadrer n'est pas sanctionner

On entend souvent dire qu’un recadrage abîme la relation.

Mon expérience de terrain, après plus de vingt ans dans le secteur, est tout autre.

Lorsqu’un recadrage est préparé avec justesse, qu’il s’appuie sur des faits précis et qu’il est porté par une réelle intention de faire grandir l’autre plutôt que de le sanctionner, tout en assumant une certaine exigence, il produit l’effet inverse de celui qu’on redoute :

  • Il clarifie ce qui était resté flou ou implicite
  • Il rassure le collaborateur concerné autant que le reste de l’équipe
  • Il redonne des repères à un collectif qui, sans le dire, attendait ce cadrage

Le cadre est au service de la relation

C’est l’une des convictions qui guide tout mon travail :

« Le cadre n’est pas une contrainte. C’est ce que tes équipes attendent de toi pour se sentir en sécurité et performer. »

Nous passons beaucoup de temps, dans les formations classiques, à apprendre aux managers à accueillir, motiver, engager, et c’est essentiel.

Mais nous les préparons beaucoup moins aux conversations qu’ils redoutent.

Pourtant, ce sont souvent ces conversations-là qui font toute la différence entre une équipe qui subit son quotidien et une équipe qui grandit ensemble.

Dans le parcours ONIBEE MOMENTUM, le courage managérial et le recadrage font partie des compétences travaillées dès la première journée car il est crucial de savoir poser un cadre, le faire respecter, et mener une conversation exigeante sans jamais perdre la relation (et quelquefois, en vérité, il est préférable de perdre la relation, et cela, on le traite aussi).

Dans votre établissement, y a-t-il une situation avec laquelle « on fait avec », plutôt que d'être réellement traitée ?

Mélanie, fondatrice d'ONIBEE.